samedi 11 mai 2019

Avec le temps...


C’est arrivé sournoisement, un matin, après ma douche, j’ai remarqué que ma peau du bras pendouillait. Je me suis donc dirigée près du miroir et ce que j’y ai vu ne m’a pas forcément donné envie de danser.

Mes repousses grises, mes cernes violettes, mes yeux légèrement cassés, mes rides d’expression (très expressives, saperlipopette !) et mes taches sur la peau, mes seins (lesquels ?) ah ouiiiii les deux trucs petits et mous, mon ventre qui fait la gueule depuis la mort de la maternité, mes cuisses qui mériteraient un peu beaucoup de sport et mes pieds, mes pieds… ça va mes pieds, si je leur fais des beaux ongles rouges, j’ai le pied beau.

Bref, c’est arrivé sournoisement, j’ai rien vu venir. Pourtant je me suis déshabillée, j’ai été au lac, à la piscine mais j’avais pas vu que les autres filles, enfin je veux dire, les autres jeunes filles avaient l’air d’avoir une peau tendue comme un bel élastique, le sein fier, le regard haut (ou le contraire), les cheveux épais et les mollets galbés. C’est là que j’ai compris. Je vais avoir 40 ans. Comment ça, j’ai plus 25 ans ? Mais j’ai fait quoi durant toutes ces dernières années ? Il n’y a personne qui vous prévient, ça se fait tout seul. C’est pareil pour tout le monde, et PAF dans ta gueule au réveil.

Fini la beauté insolente de la jeunesse, fini les premiers amours maladroits, fini les rires des premières fois (clopes, mecs, boums, badaboum), fini les examens de fin d’année, les premiers jobs, les regards des 15-50 ans sur les terrasses, fini la maternité, le ventre rond, le premier jour d’école, fini les groupes de potes où l’on termine au bout de la nuit, fini le top moulant trop court, les shorts ras les fesses et les « j’ai le temps », fini les grandes vérités et les « moi-jamais »,…

Ça fait des mois que je ressasse mes refrains de « tout est finiiiiiiiiiiii ». J’ai peur de mourir, j’ai peur des bouffées de chaleur, de la peau qui se fait parchemin, j’ai peur de l’amour qui ne me clouera plus aux murs dans un soubresaut de passion, j’ai peur de ne jamais faire le tour du monde, de ne plus jamais avoir un enfant de nous, j’ai peur de la vie qui s’égrène et de ne laisser aucune trace de moi pour moi : j’ai pas écrit de livre… Ouf, j’ai planté un arbre et fait un gosse….mais arrgh. 

… j’ai fait des « moi-jamais » des « moi-toujours », des « j’ai le temps » des « j’ai plus le temps » et des « bonjours la routine », « bonjour les noces de faïence », j’ai changé de jobs autant que d’appartements, j’ai aimé la vie, je l’ai détestée, j’ai tout recommencé, plusieurs fois en me disant que chaque fois c’était la bonne. J’ai accouché d’un petit être de 3.125 kg, j’ai écouté sa respiration, je l’ai reniflée dans tous les sens, chatouillée, et je l’aime chaque jour aux éclats. J’ai materné Fille Ainée, née dans mon cœur et non dans mon ventre, je l’ai regardée grandir, pousser… et un jour elle a eu ses règles et… putain, je me suis sentie vieille ! La petite loutre avec ses boucles brunes et ses petits airs de princesse boudeuse à ses 1 ans, et PAF une nana de 13 ans. Et entre deux, il s’est passé quoi ? 

On m’a gavée de « profite, ça passe vite … ». J’ai pas compris, j’étais dans les couches jusqu’au coude. 

Donc, j’ai commencé par paniquer, m’acheter des habits nuls chez Tailly Weijl (quelqu’un peut- il me dire comment ça se prononce ? 20 ans que je cherche…) genre pull extra large, marqué Paris, Tokyo et plein d’autres villes dessus, on aurait dit un coton-tige emballé dans un plan de ville trop grand. Un mini-short, mais la fesse molle passe par-dessous et du coup tu as quatre fesses, c’est pas top top. Un wonderbra, mais là, j’ai failli y laisser ma vie : j’ai tant manqué d’air, que lorsque mon homme a pu le décrocher, j’avais déjà les lèvres bleues.

Des bottes à talons, hahahaha… houhouhouhou…

Un sac à dos, au moins c’est pratique…

J’ai appris à dire « pire chou » et j’ai continué à dire « putain », ça me correspond mieux.

Bref, j’ai tout jeté, j’ai remis mes sempiternels jeans et pull noir. J’ai balancé mes dreads en arrière et remis mes docks. Et je me suis souvenue qu’on peut dire que 40 c’est le nouveau 30 comme le gris c’est le nouveau noir (pour les gens de la mode). Et qu’on peut aussi arrêter de vouloir se rassurer. Il paraît que je suis mortelle, même en mini-short corail…

40 c’est 40, et ça laisse passablement de possibles :

J’ai donc décidé de :

-       - Reprendre la danse, gentiment mais sûrement car j’ai quand même failli y laisser ma mobilité, la      dernière fois que j’ai fait un cours (3 jours de courbatures).

-       - De faire de l’accordéon, du piano et de la guitare (je sais c’est beaucoup mais je pense que sur les trois, je vais au moins réussir à jouer Pour Elise, dans 10 ans).

-        - Suivre différentes formations continues, pour avoir un jour l’impression d’avoir un salaire décent, qui correspond clairement à ce que je fais. [Ndlr : article à paraître]

-         -  M’acheter un anti-cerne épais.

-        - Faire un bricolage avec tous les matériaux de mes noces… (coton, cuir, froment, chypre, bois, cire, laine, coquelicot)

-        - ARRÊTER mais alors de suite de me comparer aux autres. Il paraît que plus on veut se fondre dans le moule, plus on a l’air d’une tarte.

-        - Vivre. Ça peut paraître con, mais pour moi c’est un peu la révolution.

Allez je vous laisse, j’ai des bisous à faire et des gens à aimer. A mon grand âge, ça peut pas attendre… Et pour tout vous dire je ne suis qu’à quelques jours de mes 39 ans.




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