mardi 14 juillet 2015

Selfie de la mort



Souvent, je me remets en question sur le nom de mon blog, à savoir « on est tous des cons ». Je me dis que c’est un gros mot, que cela peut-être insultant et ne pas donner envie d’être lu. Mais parfois, comme ce matin, il ne pourrait absolument pas porter un autre nom, parce qu’il faut l’avouer, il y a une bonne majorité d’humains qui mérite le titre donné à ce blog.

En Russie (cf Le Matin du 8 juillet 2015, oui bon ça va), la police a mis en place une campagne de sensibilisation pour demander au peuple de faire attention aux risques que l’on peut encourir quand on prend des selfies sur la cime d’un arbre, par exemple. Bien.

Revenons donc, à la base de la base. Narcisse. Non pas la fleur, qui est certes très belle, mais notre ami Narcissou, le chasseur originaire de Thespie en Béotie, celui qui avait besoin de se contempler dans le reflet d’une source pour s’admirer et pour essayer de rattraper son image dont il était tombé amoureux, jusqu’à en mourir noyé le coquinou, alors qu’il aurait pu se poster devant un miroir toute la journée. Mais, il n’y aurait pas eu de leçon de morale avec le miroir. J’en conviens. Bref. Donc, celui-là même nous donne une leçon sur le fait de trop s’admirer ou d’avoir trop besoin de voir en soi une image parfaite, au risque de se perdre.

Ce qui est intéressant, c’est que maintenant, à l’ère 2.0, nous avons besoin de montrer aux autres combien nous sommes parfaits, géniaux, superbes, sexy, téméraires… et j’en passe. Mais la finalité est la même, on finit par en crever. Like you Mister Narcisse !

Je ne vais pas vous répéter combien tous les réseaux sociaux sont truffés de gazelles et de taureaux dans des pauses lascives ou au contraire très athlétiques, pour pouvoir à n’importe quel moment de la journée, se regarder soi ou son voisin. C’est souvent très pathétique et les photos genre : « je-bois-un-mojito-avec-ma-meilleure-amie-qui-a-une-bouche-rouge-sang-de-tepu-et-qui-boit-dans-le-même-verre-mais-chacune-sa-paille », ça me fait vite chier. Ça c’est dit.

Revenons à nos hippogriffes, aujourd’hui le selfie peut tuer. Je cite, le Matin: « une jeune moscovite de 21 ans s’était accidentellement tirée dessus alors qu’elle se prenait en photo avec un pistolet à la main », oui. On peut dire Bravo. C’est vrai, on a tous l’idée à un moment donné, de se dire, « je n’ai pas le selfie  un flingue à la main ! », genre carte Pokémon à collectionner. « J’ai le selfie romantique tête penchée en noir-blanc, j’ai celui où je regarde dans le vide comme si j’étais super intelligente et un brin dépressive en chromé, j’ai celui où je porte mon bébé avec un éclat de rire digne des pubs Blédina sans oublier l’immanquable où je suis avec une bande d’amis hyper branchés. » Mais celui avec le pistolet, pas encore.
Et on a tous un flingue à portée de main. Alors moi je fais un peu gaffe, avec les enfants je le pose toujours sur le deuxième étage de la bibliothèque, question qu’ils ne l’attrapent pas du premier coup !
Les Russes font encore plus forts: « deux jeunes hommes ont péri dans l’Oural lorsque la grenade dégoupillée qu’ils tenaient à la main pour un selfie a explosé. Seul le téléphone s’en est sorti. » Y-a-t-il besoin de commentaire ?

Je vous fais donc une petite liste de quelques selfies à ne pas prendre, à moins de vouloir une jolie photo posthume :

-          Ne pas prendre de selfie à 240 km/h sur un chemin de campagne, la tête sortant de la fenêtre de la voiture, une main occupée avec une perche pour prendre un peu de recul. Ce n’est pas une bonne idée.
-          Ne pas prendre de selfie à côté d’un tigre du Bengale, ou d’un ours. Les animaux apprécient moins les flashes que nous.
-          Ne pas prendre de selfie sur les voies de chemins de fer, avec le train qui arrive, pour créer un contexte un peu suspens. CA NE SERT A RIEN.
-          Ne pas prendre de selfie sur la montagne des singes du Zoo de Bâle à la période du rut, vous n’allez peut-être par mourir mais vous allez avoir mal.
-          Ne pas prendre de selfie si vous tournez le dos à une falaise de plus de 1.20m.
-          Ne pas prendre de selfie avec votre t-shirt « j’aime l’OM » devant la porte de l’autocar des ultras du PSG.
-          Ne pas prendre de selfie en hurlant dans votre sèche-cheveux « Alexandriiie, Alexandraaaaaaaaa », il n’y a pas le son dans votre photo. C’est inutile.
-          Ne pas prendre de selfie déguisé en bouc lors d’un exorcisme en Italie du Sud.

Il y en aurait encore plein d’autres, et je compte sur vous, chers lecteurs et chères lectrices pour grossir cette liste. (envoyez-moi vos idées à ninabrowska@gmail.com).

Alors évidemment, en tant qu’auteur de chroniques, je me dois de me mettre en situation et de vous montrer le selfie le plus dangereux qu’il m'ait arrivé de faire. (Attention! Cette photo peut choquer, il n’y a aucun trucage, d’où le visage légèrement crispé. Vous avez déjà essayé de sourire naturellement avec votre pied sur la tête, vous ?):



Mais en définitive, le plus dangereux n’est-il pas de vouloir à tout prix se montrer constamment, dans toutes les situations pour ne plus être qu’un produit des réseaux sociaux ? Et non un humain libre de garder pour soi ses beaux et ses mauvais moments ?



mardi 26 mai 2015

Mon téléphone et moi.



Avant même d’ouvrir un œil sur la beauté du monde, je pose nonchalamment ma main sur mon Iphone (pour ne pas citer de marque) et je regarde si j’ai des messages que je n’aurais pas lu durant la nuit. Hum.

A peine debout, au radar dans ma cuisine, en train de chauffer d’une main le lait de mini-pirate et de l’autre la bouilloire pour mon thé, je regarde la météo pour savoir si je vais pouvoir mettre cette si jolie petite marinière aux manches trois quarts.

Cela fait 6 minutes que je suis debout et je l’ai déjà consulté deux fois. Cet outil est le diable en personne. Il s’immisce partout, de mes toilettes à ma table de nuit en passant par le jardin, il est toujours quelque part à me narguer.

Je n’ai pas de montre, donc j’appuie compulsivement sur le bouton allumer pour regarder l’heure.

Bon il est temps de partir chez l’homéopathe, c’est ma première séance, je ne connais pas le lieu, donc je prends Maps pour me repérer, mais comme je suis incapable de conduire et regarder mon téléphone en même temps, je passe la soirée d’avant à noter tous les bleds jusqu’au point B et faire 45 photos sur Google Earth de la bâtisse en question. Cela a pour avantage que j’ai tellement potassé le lieu, que je connais la route par cœur le lendemain. Mais ne sait-on jamais, s’il y avait eu une déviation pendant la nuit. Je mets donc le GPS et j’écoute une voie suave et féminine me parler comme si j’avais deux ans et demi et un problème de croissance. Comme je me rappelle de la route j’arrive à bon port 56 minutes avant le rendez-vous. Malin.
Comme j’ai 56 minutes à tuer et un quart d’heure de retard de l’homéo, je commence à ouvrir mes mails, mes whatsapp, mes sms, et à écrire compulsivement à tous mes amis que je suis en train d’attendre dans une salle faite pour cela. Avec un peu de recul, qu’est-ce que mes amis en ont à taper que je sois dans la salle d’attente d’un médecin ??? Parce qu’en même temps, j’ai également des connaissances qui s’emmerdent comme des rats et qui me disent qu’ils sont dans un bouchon, ou que la caisse de la Migros est bien pleine en ce mardi. Et franchement je les aime, mais je m’en cogne.
Il y a aussi les photos de profil whatsapp, que je regarde fréquemment, pour voir si un ou une telle a changé sa photo. On apprend plein de choses, comme l’arrivée d’un nouvel enfant chez Brigitte, les vacances au Lac Paladru de Murielle, la confirmation de la filleule de ma sœur, et le dernier plat de blanquette de veau de Simone. Super.
A la fin de mon rendez-vous, je suis passée chercher fille cadette à la garderie et c’est parti pour la préparation du repas de midi. Mais je ne sais pas quoi manger, alors hop, je me connecte à Marmiton. Super (bis). Je n’aurais jamais trouvé toute seule le coup des pâtes aux tomates! En plus c’est écrit Facile et une petite illustration d’horloge indique 5 minutes. Parfait pour moi qui suis une grande cuisinière !

Puis vient la sieste de la petite, ce qui me laisse une bonne heure pour regarder Doctissimo sur les verrues plantaires, il me semble que j’ai un point sous le pied. Je sais qu’il ne faut pas faire cela, mais après une demi-heure, j’ai contracté la sclérose en plaque, un cancer du gros doigt de pied, un herpès virulent, une tendinite purulente à moins que ce ne soit une piqûre de serpent ? Bon, je transpire trop, je vais arrêter et plutôt jouer à Ruzzle avec ma copine Rosy. Oh mini- moi se réveille, une heure de perdue à tatouiller Ibidule. Je m’enrage toute seule.

Quelques minutes plus tard, nous partons en balade, mais après quelques kilomètres en voiture je me rends compte avoir oublié mon ami tactile. Ni une, ni deux, marche arrière à la maison, c’est vrai, on ne sait jamais. Si je tombe dans une crevasse, ou que Simon Baker essaie de me joindre ?

Durant la promenade, je photographie, grâce à mon bel outil, la plus belle des petites filles dans les hautes herbes, sur sa balançoire, sous le toboggan, avec une moustache de glace autour des lèvres pour son papa.
Ben oui, il revient tous les soirs, mais comme ça il est tout le temps au courant de tout. Et ce qui est bien, c’est que je n’ai pas 156 fois la même photo sous un angle différent, que je me promets de mettre sur album depuis trois ans!
Et là, il me prend une idée folle, et si je me faisais un petit selfie « comme dise les jeunes ». Je tourne la caméra, un petit regard en l’air, et HOP, je me chope. Et là, je vois toutes les rides, toutes mes repousses blanches, mon teint blafard, mon bouton sur le menton et mes cernes bleutés. Mais comment font ses filles pour avoir l’air de top model sur Instagram ? Je tape sur Google, "retouche de photo" et je me retrouve à dépenser CHF 5.- sur l’Appstore pour un produit que je me promets d’essayer le soir même, maquillée et parfumée. (Après expérience, j’ai la même tronche mais je pourrais facilement poser sur le trottoir, c’est bien qu’il soit sans fil le téléphone), je ne ferai donc des photos de moi que de dos. Je regarde aussitôt les cours de Pilate, pour m’assouplir afin de faire des belles photos de mon dos. Je tombe sur 186 sites me proposant des cours dans la région, PAF je reperds une demi-heure.

Le soir arrive, la prunelle de mes yeux est au lit, mon homme rentre, et se pose un coca frais à la main sur le balcon avec son fidèle téléphone. Il joue à Clash of Clans, chouette, je vais regarder. Je suis devenue une Warrior sans limite dans ce jeu. Je connais les Golems, les géants, les différents niveaux des canons, ça épate mon mari et j’aime quand il est épaté ! En attendant que les armées se forment, je regarde le programme télé. Il y a rien. Zut. Tant pis je vais regarder les nouvelles du monde sur mon Iphone.

Et là, une montée de nausée m’envahit.

J’ai passé combien d’heure sur mon téléphone aujourd’hui ? A propos de téléphone, j’ai oublié d’appeler mon dentiste ! Je vais mettre une notification pour demain.
Mais aaaahhh lâche moi sale truc en plastique !! Depuis deux ans j’ai l’impression d’avoir un chewing gum sous ma chaussure ou des boules de sagex dans la main, vous savez vous avez beau secouer, ça ne tombe jamais dans la poubelle.
Je perds mon temps.
Je m’énerve.
Je ne me reconnais plus dans cette technologie.
Je hais la main de mon mari qui prend son téléphone au lieu de ma main.

Je sens alors mon bras se lever, mes yeux gorgés de sang regarder le balcon, et d’un seul coup, je lance Ibidule jusque dans le compost du jardin. Un sentiment de vide énorme et en même temps de satisfaction intense m’envahit. Je frise l’orgasme. Pas longtemps. Après j’ai frisé la pneumonie en allant le rechercher pendant 2 heures dans le compost. C’est comme la clope, je n’ai pas tenu. Je me suis sentie trop seule. Toute ma vie est dedans, même la liste de prénoms de mes futurs enfants.

Bon. Il est cassé et il pue le compost. Alors en attendant que je re-signe un contrat abusif de deux ans pour un appareil qui est formaté pour tenir 18 mois, je vous donne mon adresse mail ?

lundi 4 mai 2015

Désir vs mariage



Avant que l’on passe fièrement devant le maire avec sa belle robe blanc cassé et son chignon à fleurs, la question du désir et de la séduction ne se posait, pas de la même manière.

Virevoltante de fraîcheur et d’allégresse, je savais que certains hommes se retournaient sur moi et cela me procurait un sentiment de bonheur léger, comme manger une meringue chez mon amie Miretchka (peut-être un peu plus léger tout de même, le sentiment).
Les hommes se retournent peut-être toujours mais maintenant je ne les vois plus, car j’ai dans ma main, une petite main, et à mon doigt une bague avec un nom à l’intérieur qui, à lire de près, ressemble étonnamment à celui de mon mari. Je suis mariée et sérieuse. J’ai suivi les conseils de ma mère, «  Avant le mariage, tu fais ce que tu veux ; après tu dois être  sérieuse ». Oui maman.

Bien. Je suis sérieuse depuis longtemps maintenant. Au point d’être devenue presque chiante, voir un peu nonne sur les bords.
Moi qui étais une grande amatrice d’hommes, je me suis retrouvée assise devant ma psy à lui demander : « Puis-je fantasmer sur un acteur de cinéma, même mariée avec des enfants ? ».
C’est là que j’ai compris que le passage du tout au tout avait peut être été un peu brutal. Alors, bonne nouvelle, mesdames: OUI, on a le droit de fantasmer sur un acteur de cinéma!
Après cet événement, je me suis ressaisie et me suis demandé combien de temps un couple pouvait tenir si on lui donne tout. Tout le temps. Comme à un enfant qu’on gâte. Ne faut-il pas mieux parfois partager ?

Après une discussion avec l’homme de ma vie, il a ri de ses belles dents pour me dire que j’avais le droit de me retourner sur un homme dans la rue, ou sur un acteur de cinéma. Lui-même le faisait sans pour autant s’autoflageller 350 fois avec un fouet à picot ! Ah, ok ! Cool alors. A moi tous les films de Javier Bardem et Simon Baker sur une terrasse…(N’ayant pas beaucoup de temps, je fais les deux d’un coup !).

Alors…que faire de tout son désir et de sa séduction, une fois mariée ?

Il y a plusieurs réponses à cette question, d’après ce que je vois dans mon entourage:

  1. Faire en sorte de désirer et séduire son mari tous les jours, avec des petites attentions, des sous-vêtements affriolants, des petits plats bien cuisinés et ne jamais, mais alors JAMAIS ne faiblir sur cette dévotion. Tu as fait ce grand et honorable choix de te marier donc il ne peut y avoir aucune autre issue à ce fleuve qu’est le désir et la séduction. Tout sera reversé à l’homme choisi et jamais tu ne reluqueras le petit jeune derrière sa caisse à la Migue, ni n’oseras t’imaginer des scénarii torrides au sujet de ton médecin. Tu vendras tes talons, mini-jupes et tu ne te détacheras plus les cheveux de manière sensuelle à l’arrêt de bus, ni chez Migrolino. Soit. Amen.

  1. Tu te trouveras un amant, qui avec passion t’emmèneras voir les étoiles. Et prise dans ta phénoménale amourette, tu quitteras mari et enfants pour t’installer avec l’Homme, 6 mois plus tard, tu te poseras la même question avant de requitter l’Homme pour te mettre avec ton autre amant. Bref, effet repetitas ad aeternam, c’est chiant pour tout le monde, surtout pour soi-même, j’imagine.

  1. Tu prends un amant marié qui aime sa femme, et qui ne veut surtout pas la quitter parce que toi, ça tombe bien, tu aimes ton mari, et de temps en temps tu te fais des after après ton cours de pétanque bretonne. Personne ne quitte personne et les boules (de pétanque) seront bien gardées.

  1. Tu continues comme avant, à reluquer les jeunes à la Migue et à fantasmer sur ton ancien prof d’histoire et tu te permets à boire des cafés avec des hommes séduisants sans passer à l’acte, parce que justement le fait de t’autoriser à vivre ta vie te permettra de ne pas avoir envie d’aller voir si l’herbette du voisin est plus longue que la tienne. Non, plus verte. Hum.

Donc dans l’ensemble, il n’y a pas vraiment une bonne solution. Chacun choisit celle qu’il préfère. Pas de jugement. Car même dans un couple polygame de père et de mère, il y en a forcément un qui est plus jaloux que l’autre, etc… donc il n’y a pas de solution miracle pour ce tiroir à désir et à reconnaissance que nous avons tous et toutes plus ou moins grand et ouvert. Mais il est là dans un petit coin de cette boîte crânienne un peu trop complexe parfois.

La reconnaissance y est pour beaucoup dans tout ce bordel. Être reconnue enfin pour autre chose que la bonne ménagère, la bonne mère ou la bonne tout court. Envie d’un regard neuf sur notre corps changé, susciter le désir chez autrui mmmmmmmmmmmmmh savoureux.

L’autre jour, je me baladais vers l’Eglise. Un corbillard était parqué devant et je me faisais la remarque que la vie n’était pas si longue que ça, tout compte fait. Je me demandais si cet homme ou cette femme avait été heureux-se, Et si cette personne avait su aimer et être aimée.
Quelques minutes plus tard, quelques personnes sortirent de l’Eglise et se séparèrent sur le trottoir d’en face. Ne restaient plus rien que des petits pas qui se séparaient en silence. Cette personne avait elle un témoin de vie ? En rentrant chez moi, je regardais mon mari, et je me suis sentie apaisée d’avoir un témoin de ma vie, quelqu’un qui me voit évoluer, changer, faire des enfants, rire, pleurer, être chiante souvent, en remise en question tout le temps. Bref, j’ai eu envie de lui dire merci pour tout cela. Et j’ai eu envie d’être désirée comme jamais par cet homme là.

…………………. Et un peu par tous les autres aussi !

mercredi 29 avril 2015

Du Palace au Vide grenier



Je farfouille depuis plus d’une heure dans des tas de fripes, de sacs, d’appareils en tout genre. Je suis dans un vide grenier, et j’adore ça. C’est la découverte à chaque fois. Des souvenirs d’enfant au côté très pratique, le vide grenier m’offre une palette d’émotions que je ne trouve pas chez Coop.

Le concept est génial et effrayant également : on recycle, on passe, on troque, on arrête de jeter à tout va, on partage, on s’anime, on marchande, on se fait plaisir à petits prix et on est dans l’unique, plus dans la copie. Et en même temps j’ai toujours un petit creux dans le ventre quand je vois le nombre d’objets vomis par les stands trop petits pour tout contenir, qui ne sont plus désirés par leur propriétaire. Cela veut dire que notre surconsommation dépasse l’entendement.

Retournons à nos moutons, dans le tas que je suis en train de  farfouiller, je découvre une imitation du célèbre sac signé LV, je le saisis et plonge dans mes souvenirs...

…Je me retrouve, quelques années auparavant, devant la porte de la célèbre boutique Louis Vuitton, rue de Bourg Lausanne. Mon cœur bat la chamade de pouvoir accéder à cette légende. Il faut avouer que je suis une fan inconditionnelle du sac à main en tous genres, alors le Vuitton doit forcément faire partie de la collection.
Mon ex-mari me tient la porte, et nous entrons. A peine le bout de mes escarpins posé sur la moquette parfaite de ce lieu plus propre qu’une salle d’op’, une vendeuse arrive pour prendre notre veste, nous montrer les articles avec le plus grand raffinement possible. Après de longues minutes, j’opte pour un sac assez large et pratique dans lequel je pourrais mettre tout mon bataclan. Le sac n’allant pas sans le porte-monnaie, je finis par choisir un long portefeuille avec un intérieur rouge magnifique.
Moi et mon sourire suivons mon ex-mari pour le passage en caisse. CHF 1518.- plus tard, je repars avec un très joli sac en papier, que je vais aller poser dans un Palace. C’est usant le shopping !

Les Palaces. Aaaahhh les palaces… ils se ressemblent par leur odeur, la qualité des tapis, des meubles, des draps… les salles de bains qui n’en finissent plus et des téléphones partout. Je goûte durant cinq ans à ce luxe. Rien n’est un frein. Une voiture s’achète aussi facilement qu’une chemise, les voyages ne sont pas limités, les matières sont de plus en plus fines, nobles. Ma carte de crédit est ma copine de guerre et de paix. Mes vides sont vite comblés par des achats futiles, il faut bien l’avouer. 

L’argent donne une sécurité indéfectible, il rassure. Savoir que les factures seront payées sans le moindre tressautement de paupières, aide indubitablement à s’endormir.
L’argent donne une prestance. Habillée de marque le menton fier, on ne vous reçoit pas pareil que le quidam lambda.
Quand vous êtes riche, vous faites des brunches le dimanche chez des médecins et des avocats. Vous vous exclamez devant un plat à la truffe même si elle est servie sur une crotte de yak. Vous entendez des quasi orgasmes de bourgeoises (je dis quasi parce que la bourgeoise parfois peine un peu à jouir et s’emmerde sévèrement avec Jean-Louis), alors ça donne un petit « hi » hystérique quand elle voit votre sac griffé. Elles peuvent le commenter de A à Z, et vous confier toutes ses déclinaisons possibles, car elles ont forcément le même, et reçoivent aussi la newsletter de chez nos amis Vuitton.

Aux brunches du dimanche, (prononcer « Broêêntch »), vous vous devez d’échanger sur les nounous et les femmes de ménage. Savoir laquelle de ces quadras de riches mal baisées pourraient vous trouver le numéro d’une technicienne de surface « enfin valââââble », car avec vos deux heures de bénévolat par semaine pour les enfants démunis, pas possible de vous en sortir avec les 350m2 de carrelage imitation bois fossilisé, sans compter le jardin, évidemment.

Je ne me suis jamais vraiment fondue dans cette caste de nantis, car je ne crois pas avoir un caractère qui se fond dans quoique ce soit. Mais j’ai bandé il est vrai devant des ouvertures que je ne pouvais avoir qu’en était munie de la Gold et non de la carte Raiffeisen. Si, si….

Après donc cinq années de vie quasi commune avec mon ex-mari, nous décidâmes avec humour de divorcer avec classe. A l’amiable, sans colère, nos chemins se séparaient dans un carrefour d’âges où l’amour n’était pas la question, mais les chemins différaient.

C’est alors que j’ai re-rencontré mon mari actuel (qui fut mon premier amour à 16 ans), et avec lequel, je me suis élancée dans un second mariage, beaucoup plus gitans que bourgeois.

Les palaces ont été remplacés par un vieil appartement commun avec des dessins et des rires d’enfants partout. Les sacs Vuitton par des sacs de seconde main. Les brunches par des pique-niques. Et les voitures par… par… ben… par rien !

C’est pour cette raison, qu’aujourd’hui, je marche avec dans ma main mon panier plein de puzzles, de fringues, de jeux… car j’ai décidé de ne plus acheter en 1ère main pour des raisons écologiques et aussi pour des questions de budget. Je n’ai plus la Gold, ni même de carte de crédit. Je vis avec un salaire pour quatre personnes, mais j’ai le même plaisir à aborder un vide grenier qu’une boutique Vuitton. Elle est pas belle la vie ?


Mais entre nous, il faudrait être con, pour ne pas avoir envie de passer de la bourgeoise épanouie à la gitane heureuse, non ?

mardi 28 avril 2015

Coup de colère : Bashung et moi.



Cette histoire est authentique. Âmes sensibles, s’abstenir.

Par un beau matin de printemps de ce doux mois d’avril 2015, je monte nonchalamment les marches de chez Manor, pour aller m’acheter le dernier album d’Alain Bashung : « Bleu pétrole ».

En débarquant dans les rayons, je recherche dans « variété française », sous la lettre B (jusqu’ici il me semble que je maîtrise la situation), le nom si célèbre de ce Monsieur. Ne trouvant pas après plusieurs minutes, je décide de me rendre en caisse:

« Bonjour Monsieur, je cherche l’album « Bleu pétrole » de Bashung ». Me regarde alors un jeune boutonneux de 15 ans mon cadet, qui me dit d’un air connaisseur : « Okay, heu c’est un groupe récent ? C’est un album qui vient de sortir ? »

Je pourrais m’arrêter là, et juste écrire No Comment. Mais ce serait ignorer la colère et l’anéantissement qui m’a saisi à ce moment là. « BASHUNG ????? » me suis-je écriée ! « Mais je connais pas tout ! » me répond-il du tac au tac, genre je te prends de haut, ma vieille.

Le petit blanc bec prend sa tablette et se lance dans une recherche après m’avoir demandé d’épeler le nom (là je mords gentiment mon sac à main, heureusement il bénéficie d’une zone renforcée dans l’anse, le sac à main, pas le vendeur).

« Voilà, j’ai trouvé ! »
Cool, j’ai cru y passer ma matinée. Et là il me dit : « Ah mais ça, on n’a pas en stock ! ». Ben non, mais pourquoi avoir la compilation des chants des baleineaux alors ? « Je vous le commande, ça fera CHF12.90 ». Je sors mon petit billet et je paie en me disant qu’une page encore se tourne. Si je ne trouve plus du Bashung dans les bacs de CD et qu’ils ne coutent que CHF12.90, c’est le début de la vraie fin. Alors je me dois une dernière explication avec « gras du cheveux » :

« Okay, comme tu dis mon petit, mais tu vois, Bashung ce n’est pas n’importe quel petit boys bande à la con auquel tu dois ton horrible coupe de cheveux trop laquée qui te provoque des excès de sébum sur le front ; Bashung, que tu aimes ou que tu n’aimes pas, d’ailleurs, c’est trois récompenses, dont celle de l'interprète de l'année et du meilleur album pour Bleu pétrole aux 24èmes Victoires de la Musique, il était devenu l'artiste le plus primé de l'histoire de la cérémonie avec un total de douze  trophées, dont un posthume. Et la Légion d’Honneur ! Et même s’il n’avait reçu aucun prix, c’était un auteur-compositeur- interprète et comédien français de génie. Ça ne te dit toujours rien ? »

Non ? Oui je dis « était » car il est mort en 2009. Et non ce n’est pas une excuse pour que tu ne connaisses pas, car en tant que vendeur au rayon musique, je souhaite que tu connaisses également les artistes décédés. Et je vais te donner un filon : « Gaby » ce n’est pas la marque d’un yaourt O%.

mercredi 25 mars 2015

Mais où va-t-on ?



Une de mes amies tsarines m’a communiqué sont désarroi face à une nouvelle émission de téléréalité : « Adam recherche Eve ». Décrite comme une « incroyable expérience pour trouver l’amour dans sa forme la plus pure », j’en doute….

Vous qui avez certainement connu votre amour d’aujourd’hui habillé(e), vous souvenez-vous du plaisir de choisir ses vêtements pour le premier rendez-vous ? S’imaginer le corps de l’autre et une fois le moment venu d’être nu, ne voir que le plus bel état de l’homme et de la femme, dans la perfection du don à l’autre.
Moi en tant que femme, je sais combien j’aime séduire, avec une petite robe légère, un jeans et un pull blanc, les pieds dans une jolie sandale, une bretelle qui descend le long d’une épaule…
Le moment où l’on se prépare pour sortir rencontrer le nouveau venu dans notre cœur, pour une nuit ou pour la vie, c’est juste orgasmique. Les yeux de l’autre sur soi, l’égo qui gonfle comme un ballon, le cœur qui palpite, les jambes qui piquent d’un rasoir trop pressé, tout cela n’est que bonheur en barre. Et au moment où les cœurs ou les corps ou les deux, se retrouvent, tout ce qui pourrait être un défaut à la lumière crue d’un jour sans étincelle, devient la substantifique moelle.

Soit.

Imaginons maintenant la même scène de séduction avec papy la nouillette à l’air et mamy et ses seins qui tombent. Tous deux en train de manger un poisson exotique, à la lumière crue du jour. Plus tellement faim…
C’est quoi ce camp naturiste pour fétichiste de l’impudeur ?

Il y a quelques semaines, Xavier Gandon, directeur des programmes de D8, expliquait également que « Adam recherche Eve » ne serait pas trash. « On voit furtivement les seins et les fesses, mais pas les sexes » expliquait-il dans les colonnes de Télé 2 semaines. Alors pourquoi être nu ???

Afin de ne pas écrire un texte sur un sujet que je ne connais pas, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai regardé ladite émission un mardi soir. Wahoooo. Le bruit du vide résonne encore.

Tout commence par un décor kitschissime, le cliché brut des îles : noix de coco avec pailles qui dépassent, serviette de plage orange à fleur, coquillages et radeau. Tout de suite, on y voit un homme habillé, qui se présente et qui donne sa raison méga-philosophique à la caméra sur son choix d’être dans une émission aussi merdique : « Je suis célibataire depuis 18 mois et je recherche mon Eve ». Tiens, quelle éloquence ! Nous cherchons le prompteur tenu par la nageoire d’un dauphin ! Bref. Une fois arrivé à 12 mètres de l’île et trois pieds de profondeur, l’homme se met à nu, et plonge. Musique profonde de l’humain qui part à la recherche de… de… de… ben de rien en fait.

Une seconde plus tard, le voilà, de nouveau habillé (ils doivent passer un temps fou à se mettre à poil, puis se rhabiller, se remettre à poil, etc.) avec la présentatrice, cruche comme une amphore, qui pose des questions vraiment intéressantes : « Qu’est-ce qui vous fait craquer chez les femmes ? » réponse de l’Adam habillé : « les yeux et le sourire ». Idiot, POURQUOI être à poil???

Je ne vais pas vous faire l’affront de vous décrire l’émission. Juste vous dire ce que j’en ai retenu : les dialogues sont d’une vacuité vertigineuse, aucun érotisme ni sensualité ne se dégage de ces être humains, le décor est écœurant de convenance. Même pas envie d’être sur une île paradisiaque.

Je suis ressortie de cette expérience en colère. On nous prend pour des cons ! Mais alors des vrais de vrais. Même un début de séquence porno sur Redtube est plus audacieux, c’est vous dire...

La seule chose qui m’a émoustillée c’est le quart de seconde où l’on voit un Bernard Lhermitte traverser l’écran dans le sable. C’était rudement bien filmé, tiré certainement d’un documentaire animalier. (Peut-être, une erreur du stagiaire au montage).
Hormis des échardes dans les fesses, je ne vois pas ce que le candidat gagne à se ridiculiser de la sorte.

Je pense que ce qui m’a le plus frappée, c’est la fin de l’épisode, à savoir si Adam choisit Eve et réciproquement. La présentatrice ose demander : « Avez-vous l’impression d’avoir appris sur vous-même ? ». No comment.

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jeudi 19 mars 2015

Cri du cœur : Maman sur site



Pour toutes celles qui auraient la bonne idée que j’ai eue d’arrêter de travailler à la naissance de leur chérubin, je tiens à dire « accrochez-vous ». Quel fantasme de croire que la femme qui vient d’accoucher est par conséquent forcément radieuse, qu’elle a le temps de s’occuper de la prunelle de ses yeux tout en jouant du piano pour l’endormir. Elle qui croit qu’une fois bébé à la sieste, elle pourra peindre une merveille en écoutant une douce sonate de Bach, un crayon dans les cheveux pour retenir de folles mèches qui encadrent son visage……….

NIET. NADA. NON.

La vérité, c’est une femme crevée post-accouchement qui traîne ses 12 kilos de plus qu’avant la grossesse, qui ne se reconnaît plus, qui n’a pas le temps de faire autre chose que 13 lessives, dès que le nourrisson dort ENFIN ! Le piano est sous le tas de lessive. Le crayon, qui dans vos rêves, remontait vos cheveux en chignon parfait, fait maintenant corps avec une dread. Le temps de se coiffer fait partie de l’avant bébé. Donc, autant vous dire que la merveilleuse peinture n’existera jamais. Et la sonate de Bach vous fait pleurer. C’est les hormones qu’ils disent les messieurs en blouse blanche. C’est l’enterrement de votre vie d’avant que vous chialer. Elles ont bon dos, les hormones!!!

Voici le début d’une nouvelle vie, où les mots qui ne sont pas qu’exclamation positive et larmes de joie n’auront pas leur place, où il faudra donner le change constamment sous peine de passer pour une mère indigne ou sujette à un baby blues névrotique. Une vie où le mot « vacances » n’existe plus. Votre meilleur ami sera le facteur si vous avez la chance d’avoir beaucoup de recommandés et de paquets que vous achetez compulsivement pour remplir ce vide béant. Votre vie sera rythmée de petits pots pomme de terre/fenouil/carotte fait maison évidemment (sinon quelle mère seriez-vous ?), et de changements de couches à la chaîne. Plus de vie sociale autre que votre mari et le facteur, plus de séances de travail aux aurores, plus de tac tac (bruit si sexy du talon haut), car se promener en campagne en talons hauts, ce n’est pas méga pratique. Votre pyjama de grossesse deviendra gentiment votre habit d’intérieur, vous donnerez votre maquillage aux amies, pour faire de la place aux canards de bain, vos bagues et colliers relégués à la cave.
Ça c’est le début. Et tout cela, je l’avais lu, entendu, et m’étais promis que MOI je ferai différemment. Quel orgueil.

Ensuite bambin grandit. Vous troquez votre pyjama contre un sarouel ou survêt pratique pour faire du quatre pattes, et là, vous vous étonnerez de la vitesse que vous pouvez atteindre, les genoux bleus et le survêt troué ! Vous vous surprendrez même à arriver à la machine à laver avec le linge sale sur la tête pour vous créer LE challenge de la journée. Et la larme à l’œil, vous vous direz en même temps : « Yesss, j’ai réussi !!! » et une seconde plus tard : « Au secours ! Qui est cette femme qui a pris possession de mon corps et surtout de mon cerveau ? ».

Trois ans plus tard, vous aurez déménagé l’appartement 1235 fois, en pensant que votre vie serait diamétralement différente avec le canapé à gauche et la bibliothèque à droite. Après avoir fait une thérapie par le vide, (la bibliothèque et le canapé n’existeront plus), vous vous retrouverez assise par terre (ben oui) et vous regarderez votre homme ; et LÀ, vous le détesterez pour tout ce qu’il vous a fait : devenir une femme au foyer !  Bien que cette idée fût également de vous, il vous faut un coupable, parce que vous n’avez plus de place dans votre tête, pour vous auto flageller en plus. Vous détesterez SES réunions, SES beaux habits pour aller au travail, SES trajets en voiture où il a même le temps de s’en griller une, SES fatigues du soir, SES vacances qui pour vous ne changent que dalle, SES réflexions sur son job, et SES attentes par rapport au vôtre: nettoyages, lessive, plier le linge, aération de la maison, paiements, balade quotidienne des enfants, jeux divers, pâte à sel… (Et j’en passe). Bien sûr, vous resterez quelque part dans ses bons souvenirs mais très vite, il vous verra comme le pilier central d’une cathédrale inébranlable. Donc il pourra se permettre de rentrer plus tard, de ne pas vous indiquer ses réunions imprévues et vous bombardera de bons conseils, comme « fait-un-cours-Migros-rien-que-pour-toi,-par-exemple-fleur-en-pâtes-fimo » ou « tu verras, quand les enfants seront à l’école tu auras le temps de te réaliser ». Lui, l’homme, le mari, l’amant, le couillu sur pattes, aurait-il attendu 4 ANS POUR SE REALISER ? (pardon, je crois que j’ai crié).

Alors par un beau matin d’hiver, après une crise personnelle entre vous et vous, et 54 offres d’emploi plus tard, vous décidez d’aller frapper à la porte de l’Office Régionale de Placement, le cœur battant la chamade, la culpabilité dans le regard, la confiance en vous entre les chaussettes (trouées au talons) et les semelles de vos bottes de pluie (parce qu’évidemment il pleut). Et là, vous vous entendrez dire : « Aloooors, si vous vous inscrivez, on vous fera une remise à niveau, très certainement, et vous ne toucherez pas d’indemnités, vu que vous ne travaillez pas depuis 3 ans ! ».

Vous ne vous inscrirez pas ce jour là.
Vous rangerez votre envie de fracasser le bureau de l’ORP.
Vous vous direz que vous n’avez jamais été aussi crevée depuis 3 ans et qu’un job serait des vacances pour vous. Rien que la pause de midi, un luxe !
Et bien les vacances, ce n’est pas pour demain.
Et le jour où la Suisse décidera de reconnaître ce job de fou et les maris aussi, le regard sur les femmes au foyer sera différent. C’est donc à nous, Femmes sur site de changer ce monde. Vu que les soutiens gorge ont déjà été lancés il y a quelques décennies, je vous propose la patte microfibre ; et toutes au combat pour l’égalité !
Si le salaire de Madame correspondait au salaire de Monsieur, nous pourrions déjà faire en sorte que chacun travaille à un pourcentage réduit !  Si les places dans les crèches n’étaient pas aussi rares, nous pourrions lâcher plus facilement nos bambins. Et je ne parle que des mamans comme moi, qui ont le luxe de pouvoir choisir, évidemment…

Lundi 16 mars. 14h18. J’ai lancé ma patte microfibre en signe de rébellion. J’ai mis des talons qui font tac tac, et mes cheveux sont relevés sur ma tête en un chignon sexy tenu par un crayon. J’ai pris mes enfants sous le bras et je me promène fièrement, tête haute et sourire en coin. Au détour d’une rue, je lance mes talons, cours avec les enfants, me roule dans l’herbe humide, défais mon chignon et ris, ris encore avec ces enfants qui me regardent faire des loopings avec mon moral, ceux-là même qui vous donnent la main avec tellement de confiance que vous en pleurez de joie et de panique...

Je me sens sans statut souvent, je me sens dépassée par tellement de vérités depuis que je ne fais plus partie intégrante du système. Avoir ce recul sur le monde, c’est une chose abominable par moment, parce qu’on en voit toutes les failles mais je me sens liiiiiiiiiiiiiiiiiiiibre et ça, ça n’a pas de prix.
Moi, femme avec une patte microfibre pour drapeau, je me battrai pour que nous puissions un jour dire haut et fort, je suis femme au foyer, fière et libre !